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La Maîtrise

L’actuelle Maîtrise de Notre-Dame est englobée dans le vaste ensemble que constitue « Musique sacrée à Notre-Dame de Paris »  association créée en 1991 et gérée et financée par trois partenaires, à parts égales, le diocèse de Paris (et non la cathédrale), l’Etat et la Ville de Paris.

Contrairement à ce que pourrait faire croire son intitulé, elle n’a de ce fait aucun caractère confessionnel, mais constitue une véritable entreprise culturelle ayant pour objet l’enseignement de la musique et du chant choral, formations diplômantes,  l’organisation de concerts, la création et la diffusion d’œuvres, la valorisation du patrimoine musical de la cathédrale et l’animation musicale des cérémonies liturgiques, la formation liturgique étant toutefois facultative. Par le biais de protocoles, elle facture à la cathédrale ses services liturgiques. Ceux-ci sont assurés principalement par des élèves adultes ou par d’anciens élèves volontaires, ou par des chantres recrutés à l’extérieur.  Le chœur d’enfants, dont la scolarité ne dépend plus de la Maîtrise, n’intervient plus que pour quelques prestations dans l’année. Les aubes de couleur bleue distinguent tous ces chanteurs des acteurs proprement dits de la liturgie revêtus d’aubes blanches.

La haute qualité musicale des chœurs maîtrisiens et des activités de  « Musique sacrée à Notre-Dame de Paris », leur fait rejoindre, par delà les siècles, tout ce que l’Ecole Notre-Dame apporta à la musique au début du XIIIème siècle, la cathédrale à peine achevée, ces audacieuses polyphonies que composèrent « magister Perotinus » et « magister Leoninus ». Par l’ampleur de ses activités et son niveau artistique, MSNDP est aujourd’hui à la mesure du rayonnement universel de la cathédrale de Paris, monument le plus visité de France.

Bien différente était la Maîtrise que connurent Saint-Martin et les premières années de Pierre Cochereau. Elle était constituée uniquement de petits chanteurs, garçons exclusivement, pensionnaires, scolarisés de la 6ème à la 4ème. Pendant plus de cinq cents ans, de 1455 à 1983, elle occupa un bâtiment légué pour elle par un chanoine Roger de Gaillon, bâtiment devenu aujourd’hui une partie des locaux  de l’Association Diocésaine de Paris. L’entrée se faisait par le 5 de la rue Massillon. Il suffisait de traverser la rue du Cloître pour entrer dans la cathédrale par la Porte Rouge.

 

Héritière de pratiques séculaires, elle était au service exclusif de Notre-Dame, soit pour le service de l’autel, les multiples messes basses de semaine et  les offices du dimanche, ces derniers étant l’affaire des maîtrisiens non chanteurs, soit pour le chant des offices. Le directeur et les professeurs des matières principales, dont le grec et le latin, étaient des prêtres. Le maître de chapelle, prêtre lui aussi, enseignait la musique et assurait les répétitions quotidiennes d’une heure  avec l’aide de l’organiste du chœur et le soutien d’un harmonium. Un maîtrisien avait la responsabilité de l’importante bibliothèque musicale (1) et de la répartition des partitions. Dans une petite chapelle dont la porte d’entrée portait l’inscription « Magister adest et vocat te » (le Maître est là et il t’appelle), il y avait la messe quotidienne.  L’on ne sortait que le jeudi et le dimanche après les vêpres, complies et salut, sauf retenue pour indiscipline ou mauvaises notes.

L’effectif était réduit, de trente à quarante enfants. Il y régnait une atmosphère familiale où la turbulence naturelle de ces âges était tempérée par la proximité prévenante de l’encadrement, par la pratique du chant et par la présence de Notre-Dame, dont le son des cloches rythmait les journées. Les maîtrisiens en étaient marqués pour la vie. Dans cette sorte de pré-séminaire, beaucoup de vocations naissaient ou se confirmaient.

Pour les cérémonies, s’adjoignaient à la Maîtrise un petit nombre de chantres. Pendant la guerre, on entendait la voix magnifique de Lucien Verroust, à qui Saint-Martin dédicaça en 1940 son « Panis Angelicus ».

Le règlement d’origine de la maîtrise avait été rédigé en 1408 par le chancelier Jean Gerson. Il inspira tous les règlements ultérieurs édictés par le Chapître. Bien d’autres maîtrises s’en inspirèrent. La tradition de ces petits chanteurs, ces « pueri cantores », se maintient dans de nombreuses cathédrales de France et de l’étranger, les voix d’enfants ayant toujours été considérées comme un écho du chant angélique.

Un bon maître de musique pour les enfants fut, au milieu du quinzième siècle, Arnoul Gréban, en même temps théologien et poète, auteur notamment des 35000 vers octosyllabes de sa « Passion » aux 224 personnages.

A la fin du XVIème siècle, s’institue le « spé », enfant chargé de surveiller les autres. D’abord désigné par le directeur, dans les années 1960, il est élu par ses camarades.

Au XVIIème siècle, tandis que Charles Raquet (1598-1664) règne sur le grand-orgue, Henri Frémart, à qui le Chapître a proposé de doubler son traitement pour qu’il abandonne sa place à Rouen, se fait remarquer par son talent de contrapuntiste. Après ses quinze années de service et les trente années d’un certain Jean Mignon, auteur de six Messes qui furent longtemps chantées, fut choisi André Campra (1660-1744). Auteur de nombreux motets, mais aussi de  « L’Europe galante », on ne supporta pas longtemps cette cohabitation de l’église et de l’opéra.

Quand notre archevêque saura

De qui est le nouvel opéra,

De la cathédrale, Monsieur Campra

Décampera.

chantait-on. Il démissionna donc en octobre 1700 non sans laisser au Chapître une messe « ad majorem Dei gloriam ».

Son successeur fut Jean-François Lalouette (1651-1728). Après une carrière mouvementée, il restera vingt-cinq ans, composant motets, messes et psaumes.

 

Un de ses successeurs, Jean-François Lesueur, le maître de Berlioz, obtint du Châpitre le renforcement d’instruments pour les fêtes de Noël, de Pâques, de la Pentecôte et de l’Assomption. Cette tradition se maintînt jusqu’en 1980, et explique que des cuivres intervenaient alors pendant les offices, en particulier dans les messes à quatre voix et deux orgues de Widor et Saint-Martin avec cuivres ad libitum.

 

En 1802, la Maîtrise reprend ses activités après la coupure de la révolution. Le maître de musique choisi par le Chapître est Pierre Devignes qui composa de nombreuses messes et Te Deum pour la cathédrale. Parmi ses jeunes maîtrisiens, Joseph Pollet qui deviendra maître de chapelle à peine âgé de 25 ans et le restera jusqu’en 1873, soit pendant quarante deux ans.

C’est dans l’atmosphère de calme grandeur des offices de cette époque qu’intervint la conversion de Paul Claudel en 1886. Il ne devait jamais l’oublier. « Notre-Dame de Paris a été l’Ecole où j’ai appris tout ce que je sais et où je suis devenu tout ce que je suis », écrivit-il en 1945 dans les Chroniques de Notre-Dame. Quand il était à Paris, il venait le dimanche dans une des stalles du chœur participer à la grand-messe.

Le XXème siècle ne connut que trois maîtres de chapelle. L’abbé Alphonse Renault de 1905 à 1925 cumula cette fonction avec celle de professeur à la maîtrise. Il vécut les conséquences sur les finances de la cathédrale de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, malgré quoi son optimisme « ne fut pas effleuré », écrit Louis Vierne. « Plein d’entrain, pour éviter les frais d’achat de musique, il copiait, souvent la nuit, le matériel de chœur… Il paya en partie le relevage de l’orgue du chœur de sa bourse…Par la même occasion, il paya l’accord général de mon orgue. On voit que l’abbé dissipait ses petites ressources en plaisirs d’un genre particulier. Le reste passait à la charité ».

L’abbé, puis chanoine Louis Merret lui succéda, non sans avoir été adoubé par son prédécesseur « chevalier de la contrebasse ». Lui posant l’archet sur l’épaule,  « Cher abbé, recevez ce noble instrument. C’est vous qui êtes maintenant le citharède de Dieu ». (Voir le chapitre qui lui est consacré)

Le jour même de la mort de l’imposant chanoine, l’abbé Jehan Revert, qui avait été son élève à la Maîtrise, lui succéda, cumulant les fonctions de directeur de la Maîtrise et de maître de chapelle. Il sut animer avec soin et une grande finesse artistique les difficiles mutations liturgiques consécutives aux réformes de Vatican II, ne sacrifiant pas les acquis les plus sûrs de la tradition aux élucubrations littéraires ou musicales vides de substance que voulurent imposer quelques novateurs autoproclamés.

En 1967, les initiatives pastorales diluées jusque là au sein du Chapître passent sous la responsabilité de l’archiprêtre. Ne suffisant plus pour le nombre accru de célébrations, l’activité musicale de la Maîtrise, qui accepte désormais des non-pensionnaires et des filles, se renforce avec la constitution d’un groupe choral d’hommes et de femmes. Des femmes et des filles dans le chœur ! Scandale pour quelques chanoines.

Le 31 août 1991, le chanoine Jehan Revert, nommé Monseigneur et maître de chapelle émérite, quitte ses fonctions. Sous l’impulsion du cardinal Lustiger et de son futur directeur, Jean-Michel Dieuaide, la Schola et la maîtrise se transmuent en « Musique sacrée à Notre-Dame de Paris ».

(1) Les cartons qui contiennent les partitions et documents de cette ancienne bibliothèque constituent ce que l’on appelle le fonds « Revert ». Lors de la rédaction du présent chapitre, ce fonds n’avait toujours pas été inventorié.

Cet historique de l’ancienne maîtrise s’inspire presque totalement d’une conférence de Mgr Revert du 20 novembre 1999 éditée en janvier 2002 dans les « Cahiers n°1 du Chapître ».

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