Les organistes du choeur

L’article suivant évoque les organistes titulaires de l’orgue de chœur de Notre-Dame pendant le titulariat de Léonce de Saint-Martin, humbles serviteurs de la liturgie, bien trop souvent oubliés. La charge y est aujourd’hui, comme au grand orgue, partagée entre plusieurs organistes. Il n’en était pas ainsi du temps de Saint-Martin. L’unique organiste devait être présent chaque jour pour les offices et pour les répétitions de la Maîtrise. Le dimanche, il y avait le chant des heures et la grand-messe suivie l’après-midi par les vêpres et les complies.

 

Albert Serre

 

Albert SERRE (1866-1940) avait seize ans lorsqu’il commença à remplir cette mission. Il resta imperturbablement à son poste pendant cinquante-huit ans, « possédant toutes les ficelles du métier  et la riche mentalité d’un artisan de jadis. A soixante-quinze ans, il avait conservé une foi pleine de fraîcheur », écrivit de lui le chanoine Gaston Roussel.  Ancien élève de la maîtrise de la cathédrale, il devait sa formation musicale à Eugène Sergent, titulaire du grand orgue pendant cinquante-trois ans de 1847 à 1900.

 

 

René BLIN, né en novembre 1884, formé à la Schola Cantorum, abandonna très rapidement ses études de droit pour se consacrer entièrement à la musique. Maître de chapelle en 1904 de l’église Saint-André à Montreuil, il devint en 1910 organiste et maître de chapelle de l’église Sainte Elisabeth à Paris, et le resta jusqu’en 1939. Il devint en 1941 organiste du chœur de Notre-Dame. Honoré des insignes de chevalier de l’ordre de Saint-Grégoire le Grand, il rejoindra son village natal de Somsois dans la Marne en 1950 et y décèdera quelques mois après.

René Blin a écrit des pièces pour orgue, en particulier une délicate « Rosace, en violet dans la pénombre du soir » dédiée à L.de Saint-Martin, une messe à quatre voix mixtes et orgue, des pièces pour piano, des mélodies, ainsi que de délicieuses harmonisations de noëls traditionnels toujours chantées à Noël à Notre-Dame.

Saint-Martin lui dédicacera en 1940 son « Choral-Prélude pour le temps de l’Avent ».

 

Jean DATTAS (1919-1956), en 1945, jeune titulaire de l’orgue de l’église de Pantin, avait fait forte impression sur Saint-Martin et le chanoine Merret venus assister Pierre Moreau pour  l’inauguration de cet instrument restauré par Picaud et Perroux. Enfant de la maîtrise de Notre-Dame de la Gare, il avait étudié l’orgue avec Pierre Moreau, organiste titulaire de cette église, et avec Marcel Dupré à l’Ecole Normale de Musique. La guerre venue, il avait quitté la France dans des conditions difficiles pour rejoindre la France Libre en Angleterre, où il dirigea les « Petits Chanteurs de la Croix de Lorraine ». C’est probablement là qu’il connut et épousa sa femme. Rentré en France à la fin de la guerre, il entra dans la classe de Simone Plé-Caussade et obtint les premiers prix de contrepoint et de fugue.

Lorsqu’il fallut trouver un organiste pour remplacer René Blin, les musiciens de Notre-Dame se souvinrent de lui. Il fut aussitôt titularisé, mais il démissionna en 1954 et partit en Angleterre pour permettre à sa femme de retrouver son pays natal. En 1956, il mourut là-bas, mortellement blessé par un véhicule automobile.

Notre ami, Jean Steinmetz, décédé en 2008, époux de Marie-Christine Steinmetz, admirait ce talentueux organiste.

 

Michel ChapuisMichel CHAPUIS , né en 1930 à Dôle, lui succéda. Dès l’âge de seize ans, élève d’Edouard Souberbielle et de René Malherbe à l’école César Franck à Paris, puis, à l’âge de vingt ans, de Marcel Dupré au Conservatoire Supérieur de Paris. En 1951, armé de plusieurs premiers prix, il est  titularisé à l’orgue de Saint-Germain l’Auxerrois. En 1954, il rejoint la tribune de Saint-Nicolas des Champs tout en étant nommé organiste de chœur de Notre-Dame où, selon ses propres dires,  il apprend beaucoup. C’est ainsi qu’il connut Saint-Martin dans les derniers mois de sa vie. Cela lui suffit-il pour lui inspirer ce qu’il écrira bien des années plus tard : « C’était une grande époque pour l’orgue français : Marcel Dupré était titulaire à  Saint-Sulpice, Léonce de Saint-Martin à Notre-Dame, Olivier Messiaen à la Trinité » (revue Diapason, mars 1999).

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