Kyrie funèbre

op. 36, juin 1944

C’est en mémoire de sa mère qui, tout le long de son adolescence et de sa maturité, avait permis sa formation musicale malgré les entraves paternelles, que saint-Martin composa ce Kyrie funèbre en fa# mineur pour 4 voix mixtes, deux orgues et cuivres ad lib.

L’amour filial jaillit du coeur. Il n’est pas question d’envelopper un tel deuil d’enjolivures musicales. L’on va droit à l’essentiel, l’appel à la miséricorde divine pour le salut d’une mère très chérie. Kyrie eleison ! Supplication tellement ardente qu’elle déborde largement le cours de la liturgie avec pas moins de quatorze Kyrie, douze Christe et encore les sept Kyrie suivants.

Adrente supplication signifiée aussi par les répétitions à peine diversifiées de montées à la quinte et, dans un deuxième élan, de montées à l’octave, se prolongeant dans la plainte d’une descente chromatique vers une quarte en renversement des quintes entonnées. Comme un suppliant implorant d’abord le ciel, puis se ramassant sur lui-même dans l’affliction. Telles des pleurs, les fluctuations chromatiques des voix intermédiaires traversent les appels pressants exprimés par le grand-orgue, les soprani et les basses. Et des raccords à notes augmentées ou diminuées traduisent aussi la douleur latente.

Le Christe est chanté par un ténor solo. Les intervalles de supplication se retrouvent, mais dans une couleur harmonique majorisée. Le choeur reprend cette prière confiante où le chromatisme s’estompe.

Comme si le Consolateur rendait inutile de multiplier les adjurations, la reprise des Kyrie se fait plus concise. Les deux incises du thème initial se fondent ensemble. Les supplications se font plus priantes, mais, dans le dernier Kyrie, l’auteur ne peut retenir le cri d’un saut à l’octave. Après un bref silence, tout s’apaise et l’oeuvre s’achève sur un accord de quinte à vide, écho de la quinte initiale.

Comment imaginer qu’en ce juin 1944 du débarquement des alliés en Normandie, derrière le visage de sa mère disparue, Saint-Martin n’ait pas entrevu aussi tous ces morts, toutes ces souffrances dans le fracas de la guerre ? Cela explique aussi sans doute, ces trente trois invocations au Seigneur.

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