Léonce de Saint-Martin vu par ses contemporains

Classement par ordre croissant des dates.

Photo Baculard Console 1 bdefSaint-Martin possède les compositions de son maître d’une façon magistrale… A son art, il ajoute une précision d’interprétation surprenante et une bravoure, une souplesse et une verve rares, même chez un organiste virtuose, art du virtuose qui, sur notre orgue, a fait des miracles.

Khodl
(professeur au Conservatoire de Prague, mai 1927)

L. de Saint-Martin est un de nos parfaits virtuoses, et qui sait intéresser au même point et le gros public et les artistes.

(Le Monde Musical après le gala du 11 mai 1929 au Trocadéro)

Avec une telle âme auréolant une technique parmi les plus hautes et les plus musicales, l’orgue devenait un instrument aux souffles musicaux comme délivrés de toute machinerie. Pareille audition de son jouer fut pour moi déterminante.

Georges Migot
(Bulletin n°7 de l’association)

Je n’y tiens plus, moi vieil organiste … je monte à la tribune…C’est vraiment étonnant comme il adapte ses interludes au style des mélodies grégoriennes et comme il s’insère dans la liturgie avec souplesse. J’admire la sûreté avec laquelle il s’engage dans les vieux modes au cours de ses improvisations.

J.J. Nater
(Journal de Zurich de juillet 1936)

Alexandre CellierLa sensation fut telle que, malgré la sainteté du lieu, l’auditoire transporté dans un divin ravissement ne put retenir ses applaudissements. (Avant le concile de Vatican II, il était inimaginable d’applaudir dans une église)

…On voit combien variée et éclectique fut l’activité de cet organiste… Un self made man assurera désormais la mission de décorer musicalement les offices de la première basilique de France. S’il importe qu’il ait l’oreille du clergé, il n’importe pas moins qu’il ait celle des organistes professionnels.

Alexandre Cellier
(L’Art Musical du 30 juillet 1937)

Vierne tombeNomination scandaleuse du comte de Saint-Martin, organiste dilettante… Il n’a fait que des études hâtives et incomplètes, ses improvisations sont si indigentes qu’elles font sourire les spécialistes…Ainsi, par la grâce d’ecclésiastiques obtus et ignorants, la tribune de Notre-Dame est dévolue à un médiocre amateur, qui n’oserait certainement pas affronter le risque d’un concours.

Article non signé (Dissonance de juillet-août 1937)

Le Chapitre a désigné un petit amateur pour tenir cet emploi. Ainsi l’intrigue triomphe dans les milieux religieux plus encore que dans ceux contaminés par la politique.

Entrefilet non signé (Le Monde Musical de juin et juillet 1937)Bernard Gavoti

Le suppléant était à cette époque M.de Saint-Martin, un gentilhomme amateur d’orgue… Restait encore à assurer à l’orgue de Notre-Dame, quand le maître ne serait plus là, un titulaire qui fut digne d’un aussi glorieux passé, afin d’éviter une nomination dictée moins par la valeur de l’élu que par le favoritisme… Vierne pensait que ce serait un artiste qui recueillerait le flambeau de ses mains défaillantes…Cependant le Chapitre titularisait Saint-Martin qui avait été son suppléant depuis 1924.

Bernard Gavoty
( dans son « Louis Vierne » 1938, réédité en 1980)

La petite maîtriseLa place nous manque pour insister sur le bonheur des improvisations liturgiques dont le titulaire de Notre-Dame orne l’office, L.de Saint-Martin trouve un style aussi pieux que musical, variant timbres et thèmes avec un tact parfait.

A. Thoyrot-Deriot
(La Petite Maîtrise de mars-avril 1938)

Jamais Vierne n’aurait cédé temporairement sa place à un musicien incapable de le remplacer dignement, il aurait craint, à juste titre, de s’attirer des reproches. Ce choix suffirait à prouver qu’en l’effectuant, Vierne reconnaissait implicitement le réel talent de son élève…  Lorsqu’en 1931 fut décidée la réfection de l’orgue, Widor le désigna comme membre de la commission désignée à cet effet. Plus tard, la question de la suppléance se trouvant posée, M. le chanoine Favier sollicita le conseil de Widor, qui lui dit : « Saint-Martin connait à fond cet instrument, nul ne peut en tirer meilleur parti ».

Enfin, en mars 1937, lorsqu’il s’agit d’arrêter le programme de clôture du Congrès international de Musique Sacrée, Vierne devant être absent à cette époque désigna lui-même M. de Saint-Martin pour le suppléer en disant : « Demandez à Saint-Martin, il connait mes œuvres à fond et les exécute parfaitement ».

Albert Bertelin
(La Petite Maîtrise d’avril 1939)

Digne successeur de son éminent prédécesseur L. Vierne, cet artiste modeste, plein de talent, de science et de sagesse, donne chaque dimanche à Notre-Dame de Paris, un récital digne par sa composition et son exécution du plus splendide et célèbre instrument de notre douce France.

Jean Douel
(L’Information Musicale du 10 janvier 1941)

Il y a longtemps qu’il est un des grands organistes de ce temps. C’est un artiste éminent que Léonce de Saint-Martin. Il sait concilier la tradition avec un juste modernisme.

José Bruyr
(La Lanterne du 10 juillet 1947)

Il faut reconnaître que L. de Saint -Martin est un des plus grands organistes actuels et, tout en appréciant comme il convient sa haute virtuosité qui se joue des pires difficultés, nous avons surtout apprécié la manière dont il sait la mettre au service des œuvres qu’il interprète.

Pierre Samazeuilh
(Sud-Ouest du 30 novembre 1948)

Michel RiquetComment ne pas rendre hommage à un maître de l’orgue qui, pendant trente ans, comme suppléant, puis successeur de Louis Vierne, sut, avec une si discrète magnificence, donner à Notre-Dame de Paris, la parure sonore de ses fastes et de ses deuils… Jusqu’à sa mort, il n’aura eu d’autre ambition, d’autre souci, d’autre emploi que de donner à la cathédrale de Paris une âme sonore à la dimension de ses grandes heures.

R.P. Michel Riquet
(Le Figaro du 20 juin 1954)

La mort de L. de Saint-Martin n’aura suscité dans les milieux musicaux, aucun des commentaires auxquels on aurait pu s’attendre. Nul artiste ne vécut plus que lui, en effet, retiré de l’arène et plus indifférent à ce qui n’était pas la musique. Il n’est aucun de ses amis qui ne garde au plus cher du souvenir l’image de cet artiste fervent.

A. Gauthier
(Aux Ecoutes de juillet 1954)

Gaston Roussel

 

Rien dans les offices n’était laissé au hasard. L’office du dimanche était préparé par la lecture et la méditation. Tout était subordonné à l’office divin ; c’était chez lui une hantise.

Chanoine Gaston Roussel
(Musique Sacrée n°21-22 d’octobre 1954)

 

 

Plus tard nous entendrons deux autres improvisations. Faut-il choisir entre elles ? Mon choix est fait, je choisis cette douce prière pour l’élévation qui est dans la gloire d’un vitrail de sons…Car il fut aussi un improvisateur comme il en est peu.

José Bruyr
(Revue Disques de janvier 1956)

Peut-être était-ce à l‘office des Vêpres et des Complies qu’apparaissaient le mieux la poésie, la grandeur et la prière que l’organiste faisait chanter aux 90 jeux de son instrument. Quelle fête sonore dans la lumière des vitraux.

Amédée de Vallombrosa
(Bulletin des Amis n°1 de mai 1965)

Ses inoubliables improvisations des Vêpres étaient saisissantes par leur couleur, leur pouvoir de suggestion, en même temps que par leur spiritualité… C’était pour nous l’occasion d’une communion spirituelle intense dont je puis bien dire qu’elle m’aura marqué pour toujours.

Pasteur Georges Marchal
(Bulletin des Amis n°2 de juillet 1965)

Albert Schweitzer

 

Saint-Martin est un merveilleux organiste. Je l’ai entendu jouer le fameux choral « Ô homme, pleure  » non seulement l’architecte des sons, mais aussi un poète.

Albert Schweitzer
(rapporté par le pasteur Georges Marchal bulletin n°2 des Amis de juillet 1965)

 

 

Marcel DupréSaint-Martin représentait ce que j’appellerais la grande tradition des organistes de cathédrale. Je m’en suis rendu compte le jour où, au lendemain de la guerre 1914-1918, je lui ai demandé sans préavis d’improviser une sortie à Saint-Sulpice. Le résultat fut celui que j’attendais : de grands plans sonores, bien nets, ponctués et phrasés avec autorité, dans un style qui, pour être châtié, n’en était pas moins sensible et ému.

En nommant Saint-Martin, le Chapitre ne faisait que consacrer, ratifier la confiance que Vierne avait mise en Saint-Martin au cours de si longues années.

Marcel Dupré (authentifié par lui dans le bulletin des Amis n°5-6 de novembre 1966)

C’était un Titan de l’orgue.

Eugène Reuchsel (selon Thomas-Daniel Schlee dans l’édition des « Six pièces » d’E.Reuchsel)

Michel Chapuis

 

C’était une grande époque pour l’orgue français : Marcel Dupré était titulaire à Saint-Sulpice, Léonce de Saint-Martin à Notre-Dame, Olivier Messiaen à la Trinité.

Michel Chapuis
(Diapason de mars 1999)

La bonne idée d’EMI d’avoir associé aux grands noms, d’autres organistes remarquables, dont l’extraordinaire Léonce de Saint-Martin.

Philippe Simon
(Répertoire n°156 d’avril 2002)

« Il enregistra à Notre-Dame des Blancs-Manteaux une toccata et fugue BWV 565 d’une prodigieuse véhémence, loin de ce qui se faisait à l’époque et, en ce sens, indéniablement moderne ».

Michel Roubinet
(coffret EMI « Orgues et organistes du XXème siècle)

Le Callinet des Blancs-Manteaux permet d’apprécier dans la BWV565 la liberté, très « stylus fantasticus » avant la lettre, du titulaire de Notre-Dame, qui s’emballe quand même un peu dans la fugue…Quant à la transcription qu’il réalisa de Saint-François de Paule marchant sur les eaux de Liszt, On y découvre avec stupéfaction un souffle plus qu’épique ; c’est véritablement fantastique et ravale les débordements les plus échevelés de Cochereau et Guillou cumulés à de l’enfantillage.

Jean Ferrard
(Magazine de l’orgue à propos du coffret EMI « Orgues et organistes français du XXème siècle)

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